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Si Bueil m’était conté – Joseph-Claude de Clédat 1725-1802

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Joseph-Claude de Clédat 1725-1802

Chanoine et dernier doyen du Chapitre de Bueil

« Cher oncle, je n’ai pas encore eu du département la permission de vous aller voire et de vous parler, je ferai votre commission pour le paiement de Berger du Dauphin. Je retirerai tous vos effets, quant à votre voiture, je crois qu’il serait prudent de la faire retirer de chez le sellier et elle sera toujours a vos ordres et a l’abri de tout dange… Je vous souhaite une bonne santé et une résignation la plus parfaite à la volonté de dieu »

Ce 24 mars 1793, le ci-devant chanoine et doyen de Bueil, Joseph-Claude de Clédat, pour lors « reclus au séminaire de Tours » avec quarante cinq autres ecclésiastiques referme le pli envoyé par son neveu et se souvient.

Curé de Nouans depuis 1768, il est nommé, après le décès du doyen Martin, à la tête du chapitre de Bueil au milieu de l’année 1772. Il y trouve une petite communauté de six chanoines pour la plupart âgés : Pittet de Challans, Lecomte, Guion, Brenier, Fougère et Chantsais.

De sa petite écriture fine et racée il signe son premier acte sur les registres paroissiaux le 26 septembre 1772.

L‘année suivante, le 18 mars 1773, son père âgé de 86 ans, décède à Bueil « Messire Jean Baptiste de Clédat écuyer, sieur de Sainte Ursisse, chevallier de l’ordre Royal et militaire de St Louis, pensionnaire du Roy et antien Commandant du bataillon des milices d’anjou, époux en son vivant de dame Catherine therese Bretonneau », il est inhumé dans l’église du chapitre. Sa mère « dame Thérèse Bretonneau fut portée au cimetière » le 1er mars 1781. Cette famille aristocratique est originaire d’Uzerche. Son père Jean Baptiste épouse à Notre-Dame-la-riche le 19 septembre 1724 une lochoise Thérèse Bretonneau ; le couple se fixe à Loches où Joseph Claude naît le 7 avril 1725.

Le citoyen de Clédat, en ce printemps 1793, désormais loin de tout, pense-t-il au vaste hôtel particulier de ses grands-parents paternels dominant fièrement Uzerche et la vallée de la Vézère, ou se remémore-t-il les moments heureux et malheureux des deux décennies passées à Bueil où y il jouissait des droits seigneuriaux dus à son titre, avant que la révolution ne le chasse ? Il a connu, dès son arrivée, les affres d’un scandale mis au grand jour en 1776 : celui du vol du plomb des cercueils des seigneurs de Bueil inhumés dans la crypte de la collégiale, dans lequel deux de ses chanoines et le doyen Martin sont impliqués. Pendant toutes ces années passées à l’ombre de la collégiale, il a vu ses vieux chanoines mourir : en 1783 Alexis Guion âgé de 73ans, puis en 1786 Pierre Chantsais 65ans et Pierre Coudray 75ans, enfin en 1791 Antoine Blanche 70 ans, sans oublier en 1783 Pierre Brenier âgé seulement de 30 ans. De nouveaux chanoines sont venus les remplacer : Fougères, de Varenne, Guiot de la Thibardière, Chauvin de la Vellerie, Bastien.

Depuis juillet 1789, bien des choses ont changé, ici la tenue des registres paroissiaux semble immuable, ainsi jusqu’au 25 avril 1791, il signe ses actes comme à l’ordinaire « de Clédat Doyen curé », puis à partir du 29 avril, « de Clédat doyen du cidevant chapitre de Bueil ». Bientôt tout va s’accélérer.

Le 6 septembre 1791, le vicaire desservant note en bas d’un acte « en l’absence du sieur curé» . Ce dernier a fui et a mis « ses effets et sa voiture à l’abri » en espérant des jours meilleurs. Ayant refusé de prêter serment à la Constitution civile du Clergé en avril 1791, il est arrêté, reclus et déporté, tandis que ses chanoines Chauvin, Fougère, Guiot, Bastien, et Varenne qui ont prêté serment restent ici. Certains achèteront des maisons canoniales saisies et Fougère se mariera.

Les papiers de de Clédat conservés aux archives départementales livrent des notes écrites de sa main destinées au maire de Bueil pour que celui-ci confirme au district que le doyen n’a pas quitté Bueil, qu’il a payé volontairement les 300L1 de sa contribution patriotique de 1791 afin d’éviter la saisie et la vente de ses biens. En effet ayant la double fonction de curé et de doyen du chapitre, il considère que le doyenné (qui n’est pas un presbytère) appartient au chapitre et non à la paroisse. Les paroissiens n’y ont, à son avis, aucun droit. Son texte est clair : « Les doyens du cidevant chapitre de Bueil, Monsieur, dans tous les tems, on eté ainsi institués, gardés et maintenus dans leurs privilèges de tems immemorials jusqu’à moi dernier titulaire, suivant le titre même de la fondation depuis son erection en 1476, ce titre est sous vos yeux, vous le possedez, la preuve en est faite ». Sa démarche sera vaine. D’abord reclus au séminaire de Tours avec quarante-cinq autres ecclésiastiques, il se plaint « d’être le seul à qui la municipalité de Bueil, a jugé à propos d’apposer sur ses meubles des sellés, et dont il a le plus grand intérêt d ‘en avoir la libre disposition ».

Par ailleurs, il se plaint le 25 octobre 1792 auprès du district de Château Renault: le traitement annuel de 204 L 10 sols qu’il doit recevoir de la République tous les trois mois, ne lui est pas versé depuis le 1er avril.

Malgré les protestations du ci-devant doyen, un premier inventaire de ses biens est dressé le 30 octobre 1792 dans sa « maison dépendant du ci-devant chapitre », la mise sous scellés est réalisée le 30 pluviôse an II (18 février 1794) et le second inventaire de ses meubles est établi « le 27 ventôse l’an II de la République Française, Une, Indivisible et impérissable » (17 mars 1794). Ces documents conservés aux archives départementales, donnent un descriptif précis et l’estimation de ses biens, faits par Louis-Léonard Saizy (nom prédestiné) administrateur de District de Mont-Braine ci-devant Château Renault.

La lecture de l’inventaire et la pose des scellés, nous invitent à déambuler de pièce en pièce avec le maire de Bueil et les conseillers municipaux : tout d’abord « dans une chambre basse orientée au couchant », puis dans un escalier pour atteindre « une chambre haute fermant à clé » et enfin la cave.

Bien qu’il ait emporté de nombreux objets avant son départ, sa domestique2 lui envoie postérieurement « une veste de drap de Silésie rouge, les devants doublés de calmont, 8 mouchoirs de poche, et 1 quartaut de vin rouge lorsqu’il était reclus à Tours ». Les 2 et 3 floréal an II (21 et 22 avril 1794) les biens « du cy devant chanoine du ci-devant chapitre de Bueil actuellement prêtre déporté » sont vendus à la criée : de la crémaillère aux ustensiles de cuisine, en passant par les buffets et la vaisselle, les armoires et tout le linge tant civil que liturgique, le lit et la literie, le bureau et la bibliothèque composée de 42 volumes «une pacotille de vieux livres de prière, plusieurs mauvais livres de prière », les multiples fauteuils, chaises, miroirs et tapisseries, le vin, tout part aux enchères. L’ensemble rapporte 1814 livres.

Malgré ce que de Clédat a mis en sûreté, ces documents précieux nous plongent dans son intimité dont le train de vie est bien supérieur à celui de ses paroissiens. On peut l’imaginer lors des offices, portant rocher, soutane d’étamine noire, surplis de mousseline et linon, camail, aumusse et manchon d’ours noir; tandis que chez lui, où miroirs cadres dorés et tapisseries ornent les murs, il reçoit, cheveux poudrés, ses amis et relations, en veste de satin gris à fleurs et culotte de serge de Minorque ; tous assis confortablement dans les fauteuils ils jouent au trictrac ou au quinola3 en buvant du vin dans des verres à «patte », du café dans des « tasses bleues et blanches », On peut aussi se le représenter, dans l’intimité de son cabinet à l’étage, râpant son tabac, prisant ou fumant tout en lisant ses nombreux livres au coin du feu à la lumière des chandeliers.

A-t-il eu des complicités pour quitter le village ? La lecture de la lettre de son neveu permet de déduire qu’il avait un animal pour tirer sa « voiture », tout comme ses chanoines qui ont des bêtes « azines ». Comment a-t-il été capturé, où est-il allé après sa rétention au séminaire de Tours ? Un document mentionne qu’il est déporté. L’a-t-il été réellement ? Si oui, peut être à Rochefort comme les autres prêtres réfractaires de la région. Est-il resté sur les pontons ou expédié en Guyane ?

Joseph Claude de Clédat reviendra à Bueil. Quand et où logera-t-il? Les registres d’état civil ne le citent jamais. Un dépouillement des actes de catholicité permettrait peut-être de croiser son chemin. De retour au village il a probablement revu son ancien chanoine Guiot nommé ici curé le 1er décembre 1802. Il a sans doute rencontré le chanoine Bastien, qui lui, prêta serment à la constitution le 13 avril 1791 ce qui lui permit de rester et de louer sa propre maison canoniale. Bastien, abjurera4 le 10 novembre 1796,

De Clédat décède à Bueil le 27 ventôse l’an X (18 mars 1802), à 76 ans, ses voisins Martin Hervé tisserand et Claude Clément cordonnier viennent le déclarer en mairie, il sera inhumé au cimetière de Bueil.

Qu’est devenue la maison du ci-devant doyen ? : au début du XIXe siècle, elle faisait office de presbytère, en 1809 elle n’est plus habitée faute d’entretien (voir plan ci-dessus), la partie en jaune devra même être démolie, la commune demande l’autorisation de s’imposer de 4000 F pour la réparer. Un plan de 1814 montre qu’il est projeté de transformer le bâtiment restant en mairie. Finalement tout sera rasé : mais çà, c’est une autre histoire.

Nicole Poupinet  

Sources bibliographiques :
Archives départementales d’Indre-et-Loire : registres paroissiaux et saisies révolutionnaires.
Archives départementales de Corrèze : registres paroissiaux.
Laurencin Michel : communication personnelle relatives aux archives ecclésiastiques de la cure de Bueil.
Mauclair Fabrice 2013 : «Nouvelles données sur des actes de vandalisme commis sur les sarcophages des Bueil (début des années 1770) », Bulletin de l’Académie des Arts, Sciences et Belles Lettres de Touraine.
Un document plus complet est déposé à la bibliothèque de Bueil-en-Touraine.

1 Livre, 2 Marie Leguay veuve de René Mary, 3 jeu de cartes où le valet de cœur se dit quinola. 4 communication Claudine Tondereau.

 

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